Afrique, Conscience et Renaissance
William Francis Lynch

Lettre de Lynch

Voici ce que contenait la fameuse « lettre de Lynch »

Mesdames, Messieurs,

Je vous salue ici, en cette année de notre seigneur, 1712. J’aimerais d’abord vous remercier de m’avoir invité. Si je suis là aujourd’hui, c’est pour vous aider à résoudre les problèmes que vous avez avec vos esclaves. J’ai expérimenté dans ma modeste plantation, des méthodes nouvelles de contrôle des esclaves. La Rome antique nous envierait si mon programme était appliqué. Non seulement vous perdez de l’argent en pendant vos esclaves, vous avez aussi des insurrections, des révoltes, vos champs restant ainsi longtemps sans être cultivés, vos propriétés sont souvent victimes d’incendies, votre cheptel est tué. Je ne suis pas là pour énumérer tous les problèmes que vous avez avec ces esclaves, mais pour vous aider à les résoudre.

Je dispose d’une méthode qui vous permettra de contrôler définitivement vos esclaves noirs, et qui a fait ses preuves dans ma propriété. Je vous garantis à tous que si vous l’appliquez correctement, elle vous permettra de contrôler vos esclaves pendant au moins 300 ans. Ma méthode est simple, tout membre de votre famille ainsi que vos ouvriers blancs peuvent l’utiliser. Je fais ressortir un certain nombre de différences parmi les esclaves; il me suffit de reprendre ces différences, de les agrandir, de les exagérer. Puis je suscite la peur, la méfiance, l’envie, la méfiance en eux, afin de les contrôler; par exemple, prenez cette liste de différences: l’âge, la couleur, l’intelligence, la taille, le sexe, la superficie des plantations, l’attitude des propriétaires, le lieu d’habitation des esclaves (vallées, montagnes, l’est, l’ouest, le nord, le sud), le type de cheveux des esclaves (fins ou crépus), la taille des esclaves (grands de taille ou courts). Je vais ensuite vous donner une stratégie d’action pour mettre tous ces éléments ensemble; mais avant tout, j’aimerais vous dire que la méfiance, le manque de confiance en soi, est plus efficace que le respect ou l’admiration. L’esclave noir, après avoir reçu ce lavage de cerveau, perpétuera de lui-même et développera ces sentiments qui influenceront son comportement pendant des centaines voire des milliers d’années, sans que nous n’ayons plus besoin d’intervenir. Leur soumission à nous et à notre civilisation sera non seulement totale mais également profonde et durable. N’oubliez jamais que vous devez opposer les adultes et les noirs âgés aux plus jeunes, les noirs à peau foncée aux noirs à peau plus claire, la femme noire à l’homme noir.

Mesdames, Messieurs, ces solutions sont les clefs qui vous serviront à contrôler vos esclaves. Utilisez-les, faites-en bon usage; faites en sorte que vos femmes, vos enfants, vos ouvriers blancs les utilisent aussi; ne manquez pas cette opportunité. Si vous l’appliquez intensément pendant une année, les noirs eux-mêmes les développeront, les accentueront, et manqueront à tout jamais de confiance en eux-mêmes Cela vous permettra d’asseoir une domination quasi éternelle sur eux.

William Lynch

 

Vos sentiments à la lecture de cette lettre ?

Après lecture de cette lettre, plusieurs sentiments naissent en moi, de la colère envers celui qui l’a écrite et de la colère envers le peuple Kamite, mon peuple. Mais la colère n’est pas un bon allié, nous le savons tous… Seulement, c’est en se questionnant que l’on trouve des réponses, voici quelques unes de mes questions et réflexions sur la lettre du très regretté Monsieur William Lynch:

Comment étions-nous avant la rédaction de ce courrier ?

On ne peut que vouloir diviser un groupe uni. Voilà pour moi la raison de cette lettre, diviser ce qui est uni. C’est sans doute ce que nous étions face à l’oppression, face à la haine. Une communauté unie qui ne voyait pas la différence physique ou le pays de provenance comme un obstacle à la fraternité et à l’unité.

Toi mon frère aujourd’hui Ouest Africain, c’est accompagné de notre frère aujourd’hui Sud Africain que nous travaillons dans les plantations de coton. Souviens-toi mon frère aujourd’hui Rwandais des histoires de chez toi que tu racontais à notre frère aujourd’hui Congolais autour du feu de camps, rappelle toi le gout de ces plats que notre sœur aujourd’hui Ivoirienne cuisinait pour nous redonner les forces nécessaires pour faire face au calvaire du lendemain. Et quand venaient les éclats de rire, sans distinction d’origine, nous les embrassions.

Et quand est venu le moment de se battre, c’est ensemble que nous nous sommes dressés, tous fils de Kemet contre le fouet. Voilà comment nous avons obtenu notre liberté, ENSEMBLE. On ne nous l’a pas donné, nous l’avons arraché ENSEMBLE. Chacune de nos victoires fut acquise dans l’unité. Voilà ce qui était !

Que sommes-nous aujourd’hui ?

Regardons autour de nous un petit instant, aujourd’hui les enfants d’une même nation se déchirent parce qu’issus de différentes provinces. L’union entre les nations voisines n’existe plus. Pour exemple : La RDC et le Rwanda, ses voisins autre fois amis et frères qui aujourd’hui ne se supportent plus. Et je ne parle pas ici que des politiques, mais également de nos frères qui y vivent. Certains diront : il faut comprendre, c’est historique. Mais l’histoire nous parle aussi de la colonisation, de l’esclavage du peuple congolais par la Belgique  »grâce » au colonialisme du Roi Léopold, de la haute implication de la France dans le génocide au Rwanda. 10000000 de Congolais massacrés pour les Belge, 1000000 de Rwandais morts à cause de la France et pourtant nous ne regardons pas les responsables de ces actes du même œil que nous regardons nos frères Kamites. Pourquoi ? Maudit soit William Lynch ! aurait-il donc réussi à nous diviser. Son plan a-t-il si bien marché ? Avait-il donc raison ? En tout les cas, nous lui donnons raison. Nous sommes la propagande de ces idées et de son plan par nos actions commises. Son plan de guerre marche, nous l’appliquons à la perfection.

Mais ne nous avouons pas vaincus. Cette  »guerre » ne sera perdue que lorsque le dernier panafricaniste parmi nous aura capitulé. Ça n’est pas prêt d’arriver. Nous ne pourrons fièrement clamer être les Fils de Kemet.

Alors, comment changer cela ?

Je pense qu’il faut d’abord retrouver l’amour. Celui que jadis nous avions pour ce continent, l’enseigner et le propager. J’irais même jusqu’à dire en faire une évangélisation. Ensuite nous devons nous intéresser à notre histoire, à grandeur passée. Nous nous devons d’arrêter de croire tout ce qui nous est raconté. C’est en approfondissant mes recherches sur mon histoire, que je me suis rendu compte qu’elle n’était pas racontée dans sa splendeur, mais que du contraire; où ? À l’école par exemple. Combien de leçons sur l’histoire d’Afrique avez-vous reçues à l’école ? Personnellement j’en ai bien plus appris sur l’histoire de l’occident et de l’Amérique que sur l’Afrique.

2 thoughts on “Lettre de Lynch

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